
Oui, on peut être à la fois myope et astigmate, et c'est même une association fréquente. La myopie et l'astigmatisme sont deux défauts optiques différents qui peuvent coexister dans le même œil. Dans la myopie, l'image des objets éloignés se forme en avant de la rétine. Dans l'astigmatisme, la cornée ou le cristallin n'a pas la même courbure dans toutes les directions : la lumière ne converge plus en un seul point, et la vision devient floue ou déformée, de loin comme de près.
C'est pour cette raison qu'une ordonnance de lunettes comporte souvent plusieurs valeurs : une pour la myopie ou l'hypermétropie, et une autre, avec un angle, pour l'astigmatisme. Comprendre cette différence aide à lire son ordonnance et à savoir quelles solutions peuvent être proposées.
Comment l'œil forme une image nette
L'œil fonctionne un peu comme un appareil photo. La cornée, la surface transparente à l'avant de l'œil, et le cristallin, la lentille naturelle située derrière l'iris, font converger les rayons lumineux. Pour que l'image soit nette, ces rayons doivent se concentrer précisément sur la rétine, la membrane sensible à la lumière qui tapisse le fond de l'œil.
Lorsque la mise au point ne se fait pas sur la rétine, on parle d'« amétropie » ou de « trouble de la réfraction ». Les trois principaux sont la myopie, l'hypermétropie et l'astigmatisme.
Myopie, hypermétropie, astigmatisme : trois défauts différents
La myopie
Dans la myopie, l'œil est généralement trop long d'avant en arrière, ou la cornée ou le cristallin est trop bombé. L'image des objets éloignés se forme en avant de la rétine : la vision de loin est floue, alors que la vision de près reste souvent bonne. La myopie apparaît le plus souvent pendant l'enfance, typiquement entre 6 et 14 ans. Passer davantage de temps en extérieur à ces âges est associé à un risque plus faible de devenir myope, sans que le mécanisme soit entièrement compris. Une myopie forte augmente aussi le risque de décollement de rétine, ce qui justifie un suivi régulier du fond d'œil.
L'hypermétropie
Dans l'hypermétropie, l'œil est plutôt trop court, et l'image se forme en arrière de la rétine. Chez une personne jeune, le cristallin peut compenser en partie cet écart par un effort d'accommodation (la mise au point). Cet effort permanent peut entraîner fatigue visuelle et maux de tête, surtout en vision de près.
L'astigmatisme
Dans l'astigmatisme, le problème n'est pas d'abord la longueur de l'œil, mais la forme de la surface optique. Une cornée normale est courbée de façon assez régulière, comme un ballon de football. Une cornée astigmate ressemble davantage à un ballon de rugby : elle est plus bombée dans une direction que dans l'autre. La lumière qui traverse ces deux directions ne converge pas au même endroit. Résultat : les contours paraissent flous ou étirés, à toutes les distances.
L'astigmatisme peut exister seul, mais il accompagne souvent une myopie ou une hypermétropie. Une même personne peut donc avoir deux défauts de mise au point dans le même œil, chacun nécessitant sa propre correction.
Comprendre le mécanisme médical
Pour décrire l'astigmatisme, on considère les « méridiens » de l'œil, c'est-à-dire les différentes directions de coupe de la cornée (vertical, horizontal, oblique). Dans un œil astigmate, deux méridiens principaux ont un pouvoir réfractif différent. Au lieu d'un point focal unique, la lumière forme deux lignes focales successives ; l'espace entre ces deux lignes est décrit en optique par le conoïde de Sturm.
Plusieurs classifications sont utiles en pratique :
- Selon la régularité : l'astigmatisme régulier, le plus fréquent, a deux méridiens principaux perpendiculaires et se corrige bien avec des verres. L'astigmatisme irrégulier, lié par exemple à un kératocône ou à une cicatrice de la cornée, est plus difficile à corriger avec des lunettes.
- Selon l'orientation : on parle d'astigmatisme « conforme » lorsque le méridien vertical est le plus bombé, « inverse » lorsque c'est le méridien horizontal, et « oblique » lorsque les méridiens principaux ne sont ni verticaux ni horizontaux.
- Selon la position des deux lignes focales : l'astigmatisme est simple lorsqu'une ligne est sur la rétine, composé lorsque les deux sont du même côté de la rétine, et mixte lorsqu'une est en avant et l'autre en arrière. Le cas « myopie avec astigmatisme » correspond le plus souvent à un astigmatisme myopique composé : les deux lignes focales sont en avant de la rétine, mais à des distances différentes.
L'origine est le plus souvent cornéenne. L'astigmatisme peut aussi provenir du cristallin (astigmatisme dit « lenticulaire »), par exemple lorsqu'il est déformé ou légèrement basculé. Chez le nouveau-né, un astigmatisme d'environ une dioptrie est fréquent et diminue habituellement au cours de la première année.
Quels symptômes doivent faire penser à un astigmatisme ?
Un astigmatisme faible passe souvent inaperçu. Lorsqu'il est plus important, il peut entraîner :
- une vision floue ou déformée, de loin comme de près ;
- une fatigue visuelle, surtout après un travail prolongé sur écran ou en lecture ;
- des maux de tête ;
- le besoin de plisser les yeux pour voir plus nettement ;
- une gêne en vision nocturne, avec des lumières qui paraissent étalées ou entourées de traînées.
Ces symptômes ne sont pas spécifiques : ils peuvent aussi relever d'une autre cause, d'où l'intérêt d'un examen. Chez l'enfant, la situation est particulière : il se plaint rarement d'une vision floue, car il ne sait pas qu'il pourrait mieux voir. Un astigmatisme important non corrigé peut gêner les apprentissages et favoriser une amblyopie, c'est-à-dire un mauvais développement de la vision d'un œil. Le dépistage visuel des enfants est donc important.
D'où vient l'astigmatisme ?
Dans la grande majorité des cas, l'astigmatisme est lié à la forme naturelle de la cornée, avec une composante héréditaire. Il peut aussi apparaître ou se modifier après une blessure de l'œil, une chirurgie oculaire ou une maladie de la cornée.
Parmi ces maladies, le kératocône mérite une attention particulière : la cornée s'amincit et se déforme progressivement, souvent à partir de l'adolescence, avec un astigmatisme qui augmente ou change d'axe d'une ordonnance à l'autre. Un tel changement doit conduire à un examen de la forme de la cornée.
À l'inverse, lire avec une faible lumière ou regarder la télévision de près ne provoque pas d'astigmatisme et ne l'aggrave pas. Ces situations peuvent en revanche fatiguer les yeux.
Comment le diagnostic est-il posé ?
L'astigmatisme se diagnostique lors d'un examen ophtalmologique complet, qui associe généralement :
- la mesure de l'acuité visuelle, avec une échelle de lettres ou de symboles ;
- une mesure automatique de la réfraction (autoréfractomètre), puis une réfraction subjective, au cours de laquelle on compare différents verres pour trouver la correction qui donne la vision la plus nette ;
- la kératométrie, qui mesure la courbure de la cornée dans ses principaux méridiens ;
- la topographie cornéenne lorsque c'est utile, qui cartographie la surface de la cornée et permet notamment de rechercher un kératocône ;
- l'examen de l'œil au biomicroscope (lampe à fente).
Chez l'enfant, la réfraction est souvent mesurée après l'instillation de gouttes qui relâchent temporairement l'accommodation, afin de ne pas sous-estimer une hypermétropie associée.
Comment lire son ordonnance de lunettes ?
Une ordonnance indique une correction pour chaque œil : OD pour l'œil droit, OG pour l'œil gauche.
- La sphère (SPH) corrige la myopie ou l'hypermétropie. Un signe moins (−) correspond à une myopie, un signe plus (+) à une hypermétropie.
- Le cylindre (CYL) indique la quantité d'astigmatisme à corriger. S'il n'y a pas de cylindre, il n'y a pas d'astigmatisme significatif à corriger.
- L'axe, exprimé en degrés de 1 à 180, indique l'orientation de l'astigmatisme. Ce n'est pas une mesure de gravité.
Prenons un exemple fictif : « OD −2,00 (−1,00 à 180°) ». Il signifie une myopie de 2 dioptries sur l'œil droit, associée à un astigmatisme de 1 dioptrie orienté à 180°. Deux personnes avec la même sphère peuvent donc avoir des verres très différents si leur astigmatisme n'est pas le même. Pour en savoir plus sur le choix et l'entretien des verres, la page du cabinet consacrée aux lunettes et à la correction visuelle peut être utile.
Quelles corrections sont possibles ?
Un astigmatisme faible et sans symptôme ne nécessite pas toujours de correction. Lorsqu'une correction est utile, plusieurs options existent, sans qu'aucune ne soit la meilleure pour tout le monde. Le choix dépend de l'importance du défaut, de son caractère régulier ou non, de l'âge, des activités et des préférences de chacun.
Les lunettes
Ce sont la solution la plus simple et la plus sûre. Les verres comportent alors une composante « cylindrique », orientée selon l'axe prescrit, qui compense la différence de courbure entre les méridiens. Les premiers jours, une légère sensation de déformation peut survenir avec une nouvelle correction d'astigmatisme ; elle s'atténue généralement avec l'adaptation. Si elle persiste, un contrôle est utile.
Les lentilles de contact
Les lentilles souples toriques sont conçues pour corriger l'astigmatisme et restent stables dans une orientation précise sur l'œil. Les lentilles rigides perméables aux gaz sont souvent préférées pour les astigmatismes importants ou irréguliers, notamment en cas de kératocône. Les lentilles demandent une hygiène rigoureuse, car une mauvaise manipulation expose à des infections de la cornée.
La chirurgie réfractive
Certaines techniques au laser remodèlent la cornée pour corriger la myopie, l'hypermétropie et l'astigmatisme, dans certaines limites. D'autres consistent à implanter une lentille à l'intérieur de l'œil. Ces interventions ne sont envisagées qu'après un bilan précis : vision stable, cornée suffisamment épaisse et régulière, absence de kératocône ou de maladie de la surface oculaire. Elles comportent des bénéfices, mais aussi des limites et des risques. Les principales approches sont présentées sur la page du cabinet consacrée à la chirurgie réfractive.
Quand consulter un ophtalmologiste ?
Il est utile de faire contrôler sa vision :
- en cas de vision floue ou déformée, de fatigue visuelle ou de maux de tête liés à l'effort visuel ;
- si votre astigmatisme augmente ou change d'axe d'une ordonnance à l'autre, surtout chez un adolescent ou un jeune adulte ;
- pour un enfant, lors des examens de dépistage recommandés, même s'il ne se plaint de rien ;
- si vous n'avez pas fait contrôler votre vue depuis environ deux ans.
Une baisse de vision brutale, une douleur oculaire ou un œil rouge et douloureux ne relèvent pas d'un simple trouble de la réfraction et nécessitent un avis médical rapide.
Questions fréquentes
Peut-on être astigmate sans être myope ?
Oui. L'astigmatisme peut exister seul, ou être associé à une myopie ou à une hypermétropie. Il peut aussi être mixte : un méridien de l'œil est alors myope et l'autre hypermétrope.
L'astigmatisme s'aggrave-t-il avec le temps ?
Chez l'adulte, il est souvent stable ou évolue lentement. Il peut se modifier avec l'âge, après une chirurgie ou en cas de maladie de la cornée. Une augmentation rapide ou un changement d'axe répété doit faire rechercher un kératocône.
Les écrans provoquent-ils l'astigmatisme ?
Non. Les écrans et la lecture dans la pénombre ne créent pas d'astigmatisme. Ils peuvent en revanche rendre plus visibles les symptômes d'un astigmatisme non corrigé, comme la fatigue visuelle.
Faut-il porter ses lunettes en permanence ?
Cela dépend de l'importance de la correction et de la gêne ressentie. Certaines personnes n'en ont besoin que pour la conduite ou le travail sur écran, d'autres toute la journée. Ne pas porter ses lunettes n'abîme pas l'œil chez l'adulte, mais chez l'enfant, la correction prescrite doit être portée comme indiqué pour permettre un développement normal de la vision.
L'astigmatisme peut-il être corrigé au laser ?
Souvent, oui, lorsque l'astigmatisme est régulier, stable et dans les limites de la technique, et que la cornée le permet. Un astigmatisme irrégulier ou lié à un kératocône relève d'autres prises en charge. Seul un bilan préopératoire complet permet de savoir si une chirurgie est envisageable.
En résumé
La myopie concerne la distance à laquelle l'image se forme ; l'astigmatisme concerne la forme de la cornée ou du cristallin. Les deux peuvent coexister dans le même œil, ce qui explique les différentes valeurs d'une ordonnance. Des lunettes ou des lentilles bien adaptées corrigent la grande majorité des astigmatismes, et la chirurgie réfractive peut être discutée dans certains cas après un examen approfondi.
Si vous avez une vision floue, des maux de tête liés à l'effort visuel ou une ordonnance qui change souvent, le Cabinet du Dr Amal Alouan, à Salé, peut réaliser un examen complet de votre vision. Vous pouvez prendre rendez-vous en ligne.
Cet article est destiné à l'information et ne remplace pas un examen médical individuel.